EuropeanMigrationLaw.eu

Asile, immigration, libre circulation des personnes

Un accès unique au droit et à la politique de l'UE

> Toutes les émissions

Audio

Euradio- Edito du jour # 2 - Mauvais signaux

Par Yves Pascouau

Publié le 30/10/2018

En marge du Conseil européen d'octobre 2018, Donald Tusk a formulé une annonce qui pourrait être contre-productive et lui revenir en boomerang

Bonjour Yves, ce matin vous souhaitez revenir sur le Conseil européen du 18 octobre dernier

Bonjour Eugène, c’est devenu une habitude, presque une tradition. Il ne se passe pas un Conseil européen sans que les chefs d’Etat ou de gouvernements n’abordent la question des migrations. Si cela traduit une priorité politique évidente, puisque le thème des migrations figure désormais sur tous les agendas politiques – qu’il soit local à Nantes ou global aux Nations-Unies - cet attachement à mettre la migration au menu de tous les Conseils européens fait courir le risque de la répétition, voire du désintérêt.

Et c’est ce qui s’est passé au mois d’octobre

Pour les lecteurs zélés des conclusions du Conseil européen, dont je dois être un des rares spécimen, eh bien la livraison d’octobre 2018 s’inscrit dans la continuité. On peut ainsi lire pêlemêle « Le Conseil européen a évalué l'état de mise en œuvre de ses conclusions de juin et demandé que les travaux se poursuivent », « À la suite des discussions informelles que les dirigeants ont tenues à Salzbourg, le Conseil européen souligne qu'il importe de continuer à prévenir la migration illégale et de renforcer la coopération avec les pays d'origine et de transit », « La lutte contre les filières d'immigration clandestine doit être accentuée » ou encore « Il convient d'en faire davantage pour faciliter les retours effectifs »

« Business as usual » en somme

Oui c’est ça au point que l’on se demande même si les dirigeants européens ont vraiment discuté des migrations.

Mais alors pourquoi revenir sur le Conseil européen d’octobre ?

Eh bien parce que c’est en marge de la réunion que le message le plus important mais aussi le plus contestable a été livré

C’est-à-dire… ?

Intervenant à l’issue de la réunion, le Président du Conseil européen Donald Tusk, il a dit ceci « Aujourd'hui, nous avons (…) réaffirmé notre objectif consistant à arrêter les flux de migration illégale ». Arrêter les flux de migrations illégales.

Jusqu’à présent l’objectif était « d’endiguer » les flux, c’est-à-dire selon la définition du dictionnaire Larousse en ligne « d’empêcher un groupe de progresser, de le contenir dans certaines limites ». Désormais l’objectif est d’arrêter le flux, « to stop the flow ».

Or, cet objectif est irréalisable. Aucun Etat européen ne peut rendre ses frontières étanches. Il est techniquement et humainement impossible d’assurer l’étanchéité des milliers de km que représente la frontière extérieure de l’espace Schengen.

Si promettre l’impossible est une stratégie politique, elle est périlleuse et contreproductive. Elle affaiblit les actions déjà mises en œuvre par l’Union européenne et qui ont pourtant porté leur fruit puisque les franchissements irréguliers des frontières ont diminué de 95 % par rapport à 2015. Mais aussi et surtout, elle donne inutilement des arguments aux eurosceptiques et europhobes qui pourront affirmer, notamment lors de la campagne électorale, que les promesses n’ont pas été tenues et que par conséquent l’UE a été incapable d’agir.

Lire aussi :

Rubriques associées

Données et cartes

Droit et jurisprudence

×

* Requis