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Dans un Hotspot - Episode # 3 - Fast and slow tracks…

Par Magda B.

Publié le 24/08/2018

Magda B. a passé plusieurs semaines dans un "hotspot" comme volontaire auprès d’une ONG. Elle livre le récit du quotidien dans ces centres destinés à gérer les arrivées des demandeurs d’asile et migrants sur le territoire européen. Au fil des jours et des rencontres, Magda B. décrit un lieu où l'attente, l'ennui et aussi la violence accompagnent un parcours procédural long et incertain

Les opinions exprimées dans ce récit relèvent de la seule responsabilité de l'auteur

Une délégation d'officiels pénètre dans l’enceinte protégée où se trouve notre ONG. Il y a des femmes habillées sport chic, maquillées et au brushing impeccable, des hommes aussi. Le petit groupe est accompagné par des soldats en treillis. Ils se dirigent vers l'entrée de l'école (l'entrée consiste en un passage entre deux containers), restent là un moment. Je porte le gilet aux enseignes de mon ONG, m'approche et lance un "good morning" pour engager la conversation. Une des femmes me répond un "yassas" sec, pareil à un rideau de fer tranchant tout espoir de communication. Elle recule ostensiblement. Je ne reviendrai pas à la charge.

Photo by Clint McKoy on Unsplash

On m'explique que très régulièrement des "autorités" (celles-ci sont grecques, est-ce que des représentants européens viennent aussi ?) pénètrent dans le camp, qu'elles se gardent bien de traverser puisque l'enceinte protégée se trouve tout au début. Bien gardées par l'armée, prêtes à fuir le camp à tout moment par la petite porte dérobée qui donne directement à l'extérieur, les délégations visitent systématiquement la bibliothèque et l'école où sont dispensés des cours de langue et de guitare. Initiative louable, ces cours sont une grande réussite : il n'y a qu'à voir les mines à la fois concentrées et radieuses des enfants qui en sortent.

Youssef vient de la bande de Gaza. Il dit appartenir au Fatah. Il est au camp depuis un an. Il est manifestement sous l'emprise de quelque drogue, mais sa pensée est claire : c'est un être humain et il demande à être traité comme tel.

Ses amis syriens ont bénéficié de la procédure "fast track", qui leur a valu un entretien à Athènes avec le GAS (Greek Asylum Service), puis le statut de réfugié. Aujourd'hui du fait de l'affluence, cette procédure fast track est devenue "slow track". Les rendez-vous avec le GAS à Athènes sont donnés aux Syriens en 2020. Mais inutile d'interrompre Youssef avec ce genre d'informations. Pour le moment il est en miettes, après qu'il a reçu le document du GAS le conviant à un entretien le 19 avril 2019. Deux ans dans ce camp, pour un jeune journaliste de la bande de Gaza qui a déjà tant souffert, c'est inhumain.

Il avait un rendez-vous avec l'EASO il y a deux jours, qui n'a pas été honoré suite aux émeutes. On lui a seulement tendu ce document le conviant à un entretien avec le GAS en avril 2019. Il aurait voulu expliquer son histoire et sa situation à l'EASO, alors même que ce renvoi direct, sans entretien, vers le GAS, est sans doute le mieux qui ait pu lui arriver, car l'EASO aurait tout aussi bien pu le renvoyer vers la Turquie. De fait, depuis qu'il a reçu cette date si lointaine de rendez-vous avec le GAS, il voudrait savoir comment retourner en Turquie.

Photo by Sebastián León Prado on Unsplash

Il semble que les demandeurs d'asile renvoyés en Turquie (c'est rarement leur décision, contrairement à Youssef) y soient d'abord placées en rétention puis, selon les nationalités, renvoyés ou non dans leur pays d'origine. La Turquie protège les Palestiniens et ne les y renvoie pas. Ce n'est pas le cas des Afghans. Mais aujourd'hui le GAS fait généralement obstacle à la proposition de l'EASO de renvoyer le demandeur d'asile en Turquie. Le cas de Youssef, qui souhaite volontairement y retourner, est encore plus compliqué. On lui conseille de rester calme et d'attendre la date de son entretien, le 19 avril 2019. Il aura alors un open ausweis et la possibilité de se déplacer dans toute la Grèce, en attendant la décision qui pourra lui donnera le statut de réfugié. Mais aura-t-il la patience d'attendre, rien n'est moins sûr.

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