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Et si la Région devenait un acteur central de l'intégration des réfugiés ?

Yves Pascouau

Publié le 02/03/2021

Compétente en matière de mobilités, d’économie, de formation et d’éducation, d’aménagement du territoire, de gestion des fonds européens en particulier pour l’agriculture et l’alimentation, de soutien aux acteurs et actrices des secteurs associatifs, culturels et sportifs, la Région a le pouvoir d’améliorer la vie quotidienne des réfugié.e.s et de mieux préparer leur avenir et celui de leurs enfants

Collectivité à dimension principalement économique, la Région laisse peu de champ aux débats portant sur l’accueil et l’intégration des réfugié.e.s. Ces thèmes sont en effet considérés comme relevant de la compétence de l’État ou des départements (mineurs non accompagnés) voire des communes (logement, scolarisation, aides diverses).

Si la réussite de l’intégration des réfugiés repose sur l’hébergement, l’apprentissage et la connaissance de la langue, de l’accompagnement social ou encore de la scolarisation, elle passe aussi, et surtout, par la formation et l’emploi. Or, formation et emploi sont au cœur des compétences de la Région.

Concrètement, les personnes qui obtiennent la protection de la France s’inscrivent dans un schéma d’installation durable. Leur avenir dépend de la possibilité de développer un projet professionnel accepté et stable. Éducation, apprentissage, formation, emploi, mobilités, sont autant de compétences régionales qui doivent servir les projets de celles et ceux qui sont protégés par la France. Ces compétences doivent participer à leur intégration. La Région doit devenir, en coopération avec les autres collectivités, le nouveau levier d’une intégration réussie des réfugié.e.s.

20 propositions pour une Région qui participe à l’intégration des réfugié.e.s

La Région dispose d’une vision précise de la dynamique économique territoriale, des besoins et secteurs « en tension » ainsi que de l’écosystème des acteurs en présence. Cette connaissance et les pouvoirs associés doivent être mis à profit d’une action plus forte en faveur de l’intégration économique des réfugiés. A cette fin, la région doit créer une « cellule », rattachée à la délégation emploi/formation, pour :

1. identifier sur le bassin régional, les besoins dans les secteurs d’activité « en tension »

2. jouer un rôle d’interface entre les acteurs économiques et les réfugié.e.s et trouver des solutions pour les métiers « en tension »

3. développer et adapter des formations destinées aux réfugiés dans les secteurs d’activité « en tension »

La formation professionnelle est un tremplin essentiel de l’accès à l’emploi et de l’autonomisation des réfugiés. Dans le cadre des compétences en matière de formation, la Région doit :

4. engager une démarche visant à subordonner certains fonds et aides à la formation professionnelle dans les métiers et secteur en tension à une clause « réfugié.e.s »

5. accompagner les publics réfugiés vers la formation aux métiers du « care », qui relève de la compétence de la région, pour relever le défi du grand âge et satisfaire les besoins croissants d’une population vieillissante

6. créer un guichet régional d’appui à la reconnaissance des diplômes et qualifications. Trop souvent, les compétences et qualifications obtenus par les réfugiés dans leur pays d’origine ne sont pas bien ou pas reconnues. Il en résulte une déperdition généralisée pour les réfugiés, les employeurs et la collectivité

7. développer des modules de formation « (re)mise à niveau » pour accélérer l’accès des réfugiés diplômés ou expérimentés aux postes disponibles notamment dans les domaines de la santé (désert médicaux), de l’aide à la personne, du bâtiment ou de l’informatique.

Les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation sont des enjeux déterminants de l’avenir des régions notamment dans la logique de reconversion au « bio ». Ces secteurs sont un creuset d’emplois important et d’avenir pour les populations locales mais aussi pour les réfugié.e.s. La région doit :

8. promouvoir le recrutement de réfugié.e.s compte tenu de leurs expériences/qualifications par la création d’une « clause réfugié » ayant pour but de soutenir et de favoriser le recrutement de réfugiés dans ces filières de l’agriculture et de l’alimentation

Le logement est un point décisif de l’intégration. Considéré comme relevant du « droit commun », l’accès au logement des réfugiés relève de la compétence de nombreux acteurs et collectivités territoriales. La Région peut aussi jouer sa partition dans ce domaine et inscrire son action en vue de soutenir l’accès au logement en lien notamment avec la stratégie de formation/emploi des réfugiés. Dans ce cadre la Région peut :

9. mobiliser des fonds pour apporter son soutien financier aux collectivités, notamment les communes rurales, ou acteurs associatifs pour soutenir l’accès des réfugiés au logement

La mobilité est un enjeu économique, écologique et social pour les Régions. C’est aussi un déterminant clé de l’intégration des réfugié.e.s qui doivent pouvoir allier vie sociale (hébergement et scolarité) et vie professionnelle. Souvent, la possibilité d’installation dans des zones non-métropolitaines est endiguée par l’indisponibilité des moyens de transports. Si cette réalité s’applique à tous, elle prend une dimension plus importante pour les réfugié.e.s qui font souvent face à une difficulté administrative supplémentaire, à savoir l’impossibilité de faire reconnaître la validité de leur permis de conduire. Dans ce contexte, la Région est invitée à :

10. étendre les réseaux de transports en commun pour tous mais aussi dans les bassins d’emplois connaissant des difficultés de recrutement pouvant être satisfaits par les réfugié.e.s (agriculture, maraichage, viticulture, etc.)

11. créer des dispositifs permettant de reconnaître les compétences en matière de conduite

12. développer, notamment en collaboration avec la fondation La Poste, un programme d’aide à l’apprentissage de la conduite

L’apprentissage de la langue est déterminant pour assurer une bonne intégration dans la société. Il est également central pour pouvoir accéder à l’emploi. De nombreux emplois requièrent une bonne connaissance de la langue pour assimiler les règles de sécurité ou des compétences techniques spécifiques liées notamment au développement technologique des outils de travail. La Région, aux côtés des entreprises, doit :

13. développer des programmes d’apprentissage de la langue sur le lieu de travail pour améliorer, accélérer le processus d’intégration et de progression dans l’emploi.

Le sport et la culture jouent un rôle important dans l’intégration sociale des réfugié.e.s. Si le sport est vecteur de sociabilité, la culture ouvre un espace de représentation et de réflexion sur les enjeux du monde. La Région doit être au centre de ces dynamiques et :

14. promouvoir et développer des projets d’intégration par le sport

15. soutenir et développer des programmes et projets artistiques mettant en exergue l’apport de la migration au processus de création et à la richesse des sociétés.

L’éducation des jeunes est un enjeu de fond au moment où les réseaux sociaux balaient les modes traditionnels d’information (journaux, JT, etc) et constituent le réceptacle de fake news. Parmi les thèmes sensibles figurent ceux relatifs à l’exil et à l’intégration. Les Régions ont une grande responsabilité dans :

16. le développement d’outils participant à la « défense de la vérité »

La participation citoyenne devient un élément incontournable de la vitalité démocratique du pays, tant au plan national que local. Les réfugiés, à défaut de pouvoir voter, doivent prendre leur pleine place dans le débat public. Assurer la participation et la représentation des réfugié.e.s, le Région devrait être invitée à :

17. créer dans le cadre du Conseil économique, social et environnemental régional un collège composé de réfugié.e.s leur permettant de faire entendre leur voix sur les politiques publiques et de proposer des actions à l’instar de l’Académie pour la participation des réfugié.e.s initié par la DIAIR (Délégation Interministérielle à l’Accueil et à l’Intégration des Réfugiés

La Région est un acteur important de la gestion des fonds européens qui peuvent contribuer à une meilleure intégration des réfugié.e.s au plan local. Ces fonds peuvent aussi assurer une meilleure adhésion à et compréhension de l’Europe en particulier de la part des associations de soutien aux réfugié.e.s et personnes en situation de migration. La région doit s’engager à :

18. jouer un rôle plus actif dans la distribution des fonds FAMI pour soutenir les processus d’intégration des réfugiés

19. destiner davantage ces fonds aux acteurs associatifs qui verraient un rôle positif de l’Europe dans l’accompagnement des personnes migrantes notamment dans les zones rurales

20. soutenir et promouvoir les actions et initiatives citoyennes en faveur de l’accueil et de l’intégration des réfugiés en zones urbaines et rurales

En devenant un nouvel acteur de l’accueil, de l’accompagnement et de l’intégration des réfugiés, la Région doit également jouer un rôle moteur dans la coordination des actions mises en œuvre par les collectivités et les acteurs de « l’écosystème ».

La Région et les réfugié.e.s : 20 propositions pour améliorer l'intégration (402.02 ko)

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